L'apprentissage chez le cheval

L'importance des émotions dans l'apprentissage

Toute personne fréquentant un cheval lui apprend forcément quelque chose. Que ce soit quelque chose de bon ou de mauvais (pour le cheval ou pour l'homme).

Le cheval garde en mémoire toutes les expériences qu'il vit et associe ces expériences à ses émotions, car c'est un animal essentiellement émotif, avant d'être "raisonné". Ce qui ne veut pas dire qu'il ne sait pas réfléchir, mais chez lui, l'émotion prend le pas et on ne pourra pas lui demander de résoudre un problème si il est en proie à une émotion vive : peur, excitation, intérêt pour quelque chose d'extérieur...

Il associe également toute expérience à un état émotif. Il est alors important, au maximum, de lui offrir du calme et au besoin de le rassurer avant tout travail avec lui. Les apprentissages faits dans la peur ou l'excitation seront particulièrement nocifs, le cheval ayant tendance à retrouver cet état (potentiellement dangereux !) dès que la situation se représente.

Le calme est donc un impératif à tout "travail" avec le cheval. Ici le terme travail inclut en fait toutes nos relations avec lui, de l'écurie à la carrière en passant par le pré, les chemins de balade, la douche etc...

En effet toutes les situations sont l'occasion de travailler le cheval et la relation que nous entretenons avec lui. Il ne fait pas la différence entre "travail" et "détente" au sens humain du terme. Pour lui la relation avec l'humain est là tant que l'humain est auprès de lui, il n'y a pas de temps mort où les règles pourraient être abolies. La relation est une.

Les clefs d'un apprentissage efficace

Parlons maintenant de l'apprentissage en lui-même de tout nouvel exercice que vous voulez lui faire exécuter ou toute nouvelle règle que vous voulez lui apprendre.

Assurez-vous en premier lieu que le cheval a les moyens de comprendre votre demande : comprend-il les signaux que vous allez utiliser, les aides que vous allez employer ? Il doit connaître chaque élément séparément et, si l'exercice comprends 3 aides ou plus, doit en connaître les différentes associations.

Réfléchissez au plus petit progrès possible vers le but final à atteindre. Ne visez pas directement le but final mais décomposez au maximum en étapes les plus petites possibles, afin de rendre l'apprentissage plus facile et de ne pas décourager votre cheval. A trop lui en demander, il pourrait ne plus vouloir faire l'effort de comprendre.

Préparez au mieux le cheval pour l'exercice à venir : mettez-le en condition favorable à l'apprentissage. Revoyez les étapes précédentes, les aides qui seront employées. Choisissez l'environnement en fonction de l'apprentissage, mettez-le en condition physique et mentale (échauffement, équilibre, disponibilité...).

Mettez le cheval dans la situation nouvelle et laissez-le chercher la bonne réponse. Si tout a bien été préparé, il devrait rapidement trouver la solution et tendre vers le comportement souhaité.

Récompensez le moindre effort dans le bon sens, même infime. Ainsi le cheval sera conforté dans sa réponse et gardera sa motivation. Les récompenses peuvent aller du simple arrêt de la demande (arrêter toute pression) à des récompenses plus fortes comme caresses, arrêt du travail, nourriture...

Répétez l'exercice afin de confirmer l'apprentissage. Sans lasser le cheval, ces répétitions sont nécessaires pour ancrer l'apprentissage et associer le comportement demandé à la récompense. Il faut de 3 à 7 répétitions plutôt rapprochées dans le temps pour que le cheval retienne la tâche demandée. En général plus le cheval a un tempérament calme et peu réactif, plus le nombre de répétitions nécessaires sera grand. Ensuite on peut passer à autre chose mais il faudra y revenir régulièrement, là encore avec des séquences de 3 à 7 répétitions.
Le cheval en vient souvent à anticiper la demande lors de cette phase. Evidemment il ne faut pas réprimander ce comportement car il relève de sa bonne volonté !

On passe alors à une étape pour lui faire différencier les demandes des non demandes. Il faut alors savoir être clair et ne pas hésiter à préparer le cheval comme pour demander l'exercice mais sans aller jusqu'à la demande. On récompensera alors sa non-réponse par anticipation. Ainsi le cheval apprend à faire le tri et comprend qu'il est gagnant en restant attentif au cavalier : la préparation lui indique simplement qu'il va se passer quelque chose... ou pas.
On évite ainsi le cheval qui anticipe les exercices, parfois hors de propos, ou a tellement associé un excercie à une récompense qu'il le "ressort" par facilité en espérant obtenir une récompense (récompense que certains cavaliers donnent, volontairement ou non, ce qui conduit à une confusion générale et un cheval qui peut choisir de faire un exercice plutôt qu'un autre, par facilité...).

Perfectionnez la réponse. Au fil du temps, vous aurez de moins en moins besoin de préparer la demande et la préparation laissera le pas à la demande simple. A terme, les aides d'exécution suffisent à obtenir une réponse correcte du cheval et elles s'afinent de plus en plus.

Et si le cheval a compris l'exercice mais refuse de le faire ? Assurez-vous qu'il n'a pas de gêne physique : douleur, matériel inadapté, musculature insuffisante... ou mentale : peur, situation nouvelle, attention portée ailleurs... (auquel cas il faudra y remédier en rassurant le cheval et en captant son attention).
Revoyez également vos récompenses. Le cheval trouve-t-il suffisamment de confort lorsqu'il répond correctement ? Descendre de cheval, arrêter la séance sont d'excellentes récompenses marquantes pour le cheval, pensez-y pour les exercices qui posent plus de difficultés.
Enfin, le cheval peut refuser de faire un exercice du fait qu'il remet en cause sa position hiérarchique vis à vis de vous. Si le cheval se considère comme le dominant, il refusera de se pousser devant vous. S'il ne vous voit pas comme un leader correct, il refusera de s'éloigner de l'écurie avec vous ou de passer à un endroit inquiétant, par exemple. Travaillez votre relation avec lui et sachez vous montrer ferme et résolu. Rendez ses comportements de dominant rapidement inconfortables comme le ferait un autre cheval qui souhaite prendre le dessus. N'oubliez pas que garder le contrôle de ses pieds est un signe de dominance fort.

L'entraînement

Pour obtenir un exercice parfaitement exécuté, il va falloir un temps d'adaptation mentale et/ou physique au cheval. On entre alors dans une phase où il va falloir répéter de nombreuses fois l'exercice, ce qui est peu motivant pour le cheval et peut l'amener à se relâcher et à donner des réponses automatiques, son attention pouvant se disperser. Autant la phase d'apprentissage a éveillé son attention, autant cette phase peut rapidement devenir pour lui rébarbative.

Pour éviter cet écueil (on voit malheureusement de nombreux cavaliers tourner en rond en répétant inlassablement le même exercice sur un cheval éteint et blasé ou s'acharner sur les mêmes exercices "éthologiques" qu'ils répètent chaque jour sans variété...), on peut inclure de nouveaux apprentissages dans plusieurs séances de la semaine (sans toutefois en inclure trop en même temps, ce qui entraînerait de la confusion chez votre élève), alternant avec les exercices à perfectionner. Varier au maximum les figures et leur enchaînement, les demandes, les lieux de travail, les contextes... permet de maintenir le cheval en éveil. Alterner les différents exercices sera toujours préférable à la répétition d'un même exercice, quitte à y revenir plusieurs fois en une même séance.

N'hésitez pas à varier le travail de votre cheval, à lui proposer d'autres disciplines, à le faire sortir en balades... Le travail sur les barres, l'obstacle, le terrain varié amènent le cheval à se gymnastiquer et s'intéresser davantage à ses activités. Une trop grande spécialisation risque d'entraîner une baisse de moral et un cheval blasé, trop routiné et éteint.

N'oubliez pas de rendre dynamiques vos séances, surtout avec un cheval qui donne des signes d'ennui. Le relancer au trot ou au galop permettra de le remotiver. Attention tout de même à ce que cela se fasse tout en gardant le calme. L'excitation est à bannir.

Enfin, soyez inventif dans ce que vous proposez à votre cheval. N'hésitez pas à rendre visuel un exercice par des barres au sol matérialisant une diagonale par exemple, ou des plots autour desquels tourner etc... Il verra d'autant plus d'intérêt à exécuter un mouvement que celui-ci suit une ligne visible, lui permet d'éviter un obstacle ou prend un sens évident (comme le faire pivoter autour des épaules pour le garder derrière vous alors que vous refermez une porte). Une carrière "vide", un environnement pauvre sont peu motivants pour le cavalier comme pour le cheval.

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